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Le village aux huit tombes

Un livre qui me fut recommand√© en commentaire d’un article…vous voyez, je vous lis ūüėČ

Le village aux huit tombes a l’air impressionant par sa taille (pour ceux qui comme moi ne lisent pas beaucoup), mais il se lit extr√™mement vite. Il a d√Ľ me falloir 5 ou 6 heures pour le lire, les lecteurs exp√©riment√©s devraient prendre la moiti√© de ce temps (?). J’ignorais totalement l’histoire (c’est un peu comme les films; je ne lis rien du bouquin avant d’acheter ou louer), et il se trouve qu’il s’agit d’un roman policier. J’aurais probablement¬† d√©test√© l’id√©e m√™me d’un tel livre s’il n’avait pas √©t√© √©crit par un Japonais et qu’il ne se passait pas au Japon. Mais sorti de cet environnement japonais, cela reste un roman policier tr√®s banal.

Le style est tr√®s simpliste. Pas de vocabulaire recherch√©, pas de tournures de phrases alambiqu√©es, pas de recherche m√©taphysique; c’est un roman, une histoire qui ne cache rien derri√®re, sauf peut-√™tre pour ceux √† la recherche d’informations sur la soci√©t√©¬† japonaise. Des fois √ßa devient m√™me trop b√™b√™te, on a l’impression de lire une histoire pour enfants (ce n’en est pas une). C’est peut-√™tre que le livre est vieux (1951, traduit en fran√ßais en 1993). Un passage dans le style b√™b√™te qui m’a retourn√©:

“Il (Note de Cable: l’amoureux) traina Tsuruko (NdC: son amante) par les cheveux, la roua de coups et apr√®s l’avoir d√©nud√©e d√©versa sur son corps des baquets d’eau glac√©e. Et il saisit Tsuruya (NdC: leur fils de 2 ans) (…) pour lui br√Ľler atrocement le dos et les cuisses √† l’aide d’une pince brasero. (…) Elle (NdC: Tsuruko) se cacha chez ses parents pendant deux ou trois jours au bout desquels elle apprit l’effroyable col√®re de YŇćzŇć (NdC: son amant). Epouvant√©e, elle prit la fuite vers Himeji.”

Euh… Elle se fait martyriser de folie, leur fils se fait br√Ľler au fer rouge, mais ce n’est que deux ou trois jours plus tard, en entendant la rumeur de la folie de son amoureux, qu’elle panique? √áa ne tient pas debout! A la lecture de ce passage (en prologue du livre, racontant le background de l’histoire), j’ai failli en abandonner la lecture. J’ai mis √ßa sur le compte d’une mauvaise traduction, en esp√©rant que √ßa s’arrangerait. Il n’y eut pas beaucoup d’autre passages aussi ridicules, heureusement, mais le style resta un peu b√™b√™te ou simplet.

L’histoire, par contre, est int√©ressante, quoique loin d’√™tre retournante. C’est le genre d’histoire que j’aurais aim√© lire quand j’√©tais adolescent. Je ne regrette pas de l’avoir lu car c’√©tait divertissant, et on a vraiment envie de savoir le coupable derri√®re les nombreux meurtres qui se passent au village (50 pages dans le bouquin, et j’√©tais coll√© √† sa lecture). Mais…c’est un roman, sans recherche autre que sur son histoire, et sans message. Pas le genre de livre que j’affectionne. Un de temps en temps, √ßa va, mais ce n’est pas le genre de bouquin que je recherche.

tombes

Goodbye Tsugumi

Je n’avais lu qu’un seul livre de Banana Yoshimoto: Kitchen. C’√©tait pour le concours d’entr√©e √† mon DESS (plus un examen qu’un concours d’ailleurs), et j’avais pris le livre le plus fin que j’avais pu trouver. Kitchen racontait une histoire simplette, un truc de petite fille sur la forme, mais √ßa m’avait retourn√© (serais-je une petite fille dans l’√Ęme? :lol: ). Je l’ai relu il y a quelques temps, et √ßa m’avait fait √† peu pr√®s le m√™me effet, l’effet de surprise en moins. Un livre formidable. Alors j’ai achet√© Goodbye Tsugumi, un autre livre de Yoshimoto.

J’avais lu Kitchen en fran√ßais, mais ce livre-ci, je l’ai lu en anglais (je devrais me mettre √† lire en japonais, mais j’ai la flemme car √ßa me demande bien plus d’efforts; il y a forc√©ment des mots que je connais pas, ce qui trouble ma lecture). Et bien… je trouve le fran√ßais bien plus adapt√© au style de Yoshimoto. Les prochains livres de Yoshimoto, je les lirai en fraŇÜ√ßais (ou en japonais si j’arrive √† me motiver un jour).

Le style litt√©raire est identique √† celui de Kitchen. La qualit√© technique (litt√©raire) du r√©cit d’√©v√™nements est simplement formidable. C’est un style largement √©pur√©, qui avec des mots simples arrive √† √©voquer des sensations et des impressions tr√®s complexes. C’est bien simple, je n’ai jamais lu des √©crits qui arrivaient √† retranscrire ce genre d’impression. C’est un style largement nostalgique, toujours au pass√©, qui ne raconte que des tranches de vie (les m√™mes tranches de vie dont Proust parle dans les derniers paragraphes de Du c√īt√© de chez Swann). L’histoire ne raconte pas tout, mais juste des passages choisis de quelques minutes. Je pense que notre m√©moire s√©lective fonctionne de cette mani√®re; par exemple, si j’essaie de me rappeler de (par exemple) mon √©t√© 1996, c’est exactement ce dont je me rappelle: plusieurs passages de quelques minutes, des r√©flexions √©ph√©m√®res (pas si √©ph√©m√®res que cela finalement ūüėČ ), des impressions ponctuelles, des situations ou dialogues rest√©s dans ma m√©moire; tout cela est devenu repr√©sentatif de cet √©t√©-l√†.

Goodbye Tsugumi, c’est donc dans ce style. La notion de temps est assez floue, alors chaque paragraphe commence par “quelques jours apr√®s”, mais comme on n’a pas de point de r√©f√©rence, on ne sait jamais trop o√Ļ on en est. On sait ce qu’on doit savoir, comme par exemple si c’est l’√©t√© ou l’hiver, car cela a une importance dans l’histoire.

Le th√®me de l’histoire est simplissime; le narrateur se rappelle quand elle habitait pr√®s de la mer, et de sa meilleure amie qui s’appelait Tsugumi. Tsugumi √©tait fragile et proche de la mort, et le livre raconte les relations du narrateur avec Tsugumi, la famille de Tsugumi, ainsi qu’avec sa propre m√®re et son p√®re. Tr√®s simple. Des th√®mes vont se d√©gager petit √† petit, les th√®mes apparemment habituels de cet auteur; le d√©veloppement psychologique des jeunes, la jeunesse en g√©n√©ral, l’impact psychologique de la maladie/mort sur les hommes, la perception du pass√©, etc.

J’aime beaucoup son √©criture, et je retire v√©ritablement quelque chose de ses livres. Goodbye Tsugumi se lit tr√®s facilement, comme l’√©tait Kitchen √©galement. J’ai beau avoir retir√© beaucoup plus de Kitchen que de ce livre, cela reste une Ňďuvre impressionante pour moi, et je vais sans doute dans les ann√©es √† venir lire tous les livres de Banana Yoshimoto (en fran√ßais si disponible). Personnellement, je recommande √† tout le monde d’essayer de lire au moins un livre de Banana Yoshimoto. √áa plait, √ßa plait pas, de toute fa√ßon il n’y a rien √† y perdre, mais pour ceux en qu√™te d’auteurs qui pourraient plaire, je signale que j’aime √©norm√©ment ce qu’√©crit cet auteur.

Piercing

Il fallait bien que je lise un bouquin de Ryu Murakami un jour. D’abord parce que tout le monde en parle, ensuite parce que je me demandais comment ce pr√©sentateur t√©l√© (pour les non-habitants du Japon: oui, il pr√©sente des √©missions de t√©l√©) pas terrible du tout et √† l’aspect assez…traditionnel/pas excentrique pouvait √©crire les bouquins dont on parle tant, assez violents psychologiquement et portant sur le c√īt√© sombre du Japon.

J’ai pris Piercing, parce que c’est le premier bouquin qui me soit tomb√© sous la souris. Je ne connaissais pas l’histoire, et √† la limite, je m’en moquais totalement (je ne lis pas un livre pour l’histoire qu’il raconte).

Alors, c’est vrai que c’est (sur la forme) un peu d√©cal√© par rapport au style lisse qu’on peut imaginer d’auteurs de roman, et/ou d’auteurs japonais. C’est infiniment sup√©rieur √† Hitonari Tsuji, mais inf√©rieur √† Haruki Murakami au niveau litt√©raire (c’est pas que j’aie envie de faire un classement non plus). √áa se lit facilement, c’est bien d√©velopp√©, quoique le vocabulaire soit tr√®s basique, et que les tournures de phrases ne soient pas tr√®s recherch√©es. On a l’impression de lire une dissertation d’un lyc√©en (de ce que je m’en rappelle, ou de ce que j’en imagine dira-t’on), mais sur une histoire absolument pas typique de ce qu’on peut trouver dans une copie d’√©colier.

√áa parle de meurtre, et d’un tueur limite psychotique obs√©d√© par les pics √† glace, qui pour √©viter de poignarder son b√©b√© (il a des pulsions) se d√©cide √† aller tuer une prostitu√©e pour assouvir son besoin de meurtre. Sauf que la prostitu√©e sur laquelle il va tomber est encore bien plus d√©jant√©e que lui. Oui, oui, oui…certes, √ßa a l’air assez violent, n’est-ce pas? Mais en fait, c’est √©crit gentiment, c’est pas horrible du tout. Bon, il y a des passages sanglants et un peu d√©go√Ľtant, vu le th√®me c’√©tait oblig√©, mais rien de terrible.

Le bouquin est int√©ressant sur le d√©calage entre le style d’√©criture et le contenu de l’histoire. Mais si l’histoire est vaguement amusante par son originalit√©, √ßa n’est pas retournant. On ne retire rien de philosophique du bouquin, aucun enseignement, aucun aper√ßu bien concret de la psych√© de tueurs psychotiques (alors que pourtant c’est le th√®me du bouquin)…c’est juste un roman qui raconte une histoire, point barre. Et m√™me si l’histoire est bien √©crite, quand le bouquin est fini, on passe √† autre chose sans autre dissertation (ahah). C’est un peu comme lire un long article de blog qui raconte une histoire un peu d√©jant√©e; c’est fun, mais rien de plus.

L’arbre du voyageur

Je suis au Japon, les Japonais sont fous de litt√©rature (ou plut√īt ils sont fous de lecture), le monde entier fait tout un foin de quelques auteurs japonais, alors je me suis dit que j’allais essayer de lire un peu plus d’auteurs japonais.

Pass√© la d√©ception d’un bouquin de Murakami Haruki (les mots durs me manquent pour en dire assez de mal), j’ai essay√© un auteur que je ne connaissais pas: Hitonari Tsuji. Wikipedia dit qu’il est tr√®s connu au Japon. Moi je ne le connaissais pas, mais je ne suis pas une r√©f√©rence en la mati√®re, √©tant d√©connect√© de la t√©l√©vision et des journaux.

Son bouquin est plus une nouvelle qu’un roman; il est tout petit, et “c’est √©crit gros”. Un lecteur amateur devrait mettre deux heures pour le lire (√ßa m’a pris le double). Le fait que l’histoire soit courte n’est pas un probl√®me en soi, car j’aime les nouvelles.

Le probl√®me, c’est plus que l’histoire est conne. On retrouve une grande dose du style de Murakami (des trucs de l’espace tir√©s tout droit de la 5e dimension, sans explication ou indices, et dont m√™me l’auteur ne semble pas comprendre pas la signification…il √©crit un r√™ve en gros, et essaie d’√©crire des trucs “cools”), mais √©crit nettement moins bien. De nombreux blogs sont bien mieux √©crits. Le style est basique, pas entrainant, digne d’une r√©daction d’un coll√©gien en 4e. Les m√©taphores sont b√™tes et simplissimes, les r√©f√©rences pas recherch√©es. On a l’impression que l’auteur est d’une inculture √©norme.

L’histoire ne tient pas la route, l’intrigue est irr√©aliste et le roman n’atteint pas son but, lui aussi assez √©vident. Enfin, l’histoire ne finit pas; ce n’est pas un probl√®me quand on a donn√© assez de mati√®re au lecteur pour r√©fl√©chir tout seul, mais l√† il n’y avait tellement rien pendant le bouquin que c’est visible comme le nez au milieu de la figure que l’auteur a tent√© de faire une fin “cool” (encore) avec son histoire √† deux balles. Quel pr√©tentieux! Il n’a pas le niveau! C’est comme si un roman de Maigret finissait 15 pages avant la fin. √áa fait pas “cool”!

Un bouquin d√©conseill√© √† tous, surtout √† ceux qui lisent peu et n’ont pas de temps √† perdre sur des ratages litt√©raires. Un bouquin qui a √©t√© publi√© pour la seule raison que son auteur est connu pour d’autres raisons que son √©criture.

Albertine Disparue

Sixi√®me tome de la saga √©crite par Marcel Proust. Albertine se prend un arbre de face quand son cheval l’envoie valser, et dispara√ģt. Bouquin assez court.

Dans la premi√®re partie du livre, on voit le narrateur aux prises avec la disparition de sa prisonni√®re. “Albertine est morte” devient une lithanie, pr√©sente deux ou trois fois par page, rythmant le r√©cit de la souffrance virtuelle du narrateur. Cette souffrance est admirablement bien d√©crite, mais √ßa ne d√©pareille pas du reste de l’Ňďuvre. Avoir toute une tranche de vie intimement reli√©e √† une personne qui par la suite dispara√ģt vous fait d√©couvrir de toutes nouvelles sortes de douleurs. Une partie de soi dispara√ģt avec la disparue.

La deuxi√®me partie est √† mon avis une √©bauche du dernier livre, mais on y lit encore plus de r√©f√©rences historiques qu’ailleurs. Quelqu’un peut-il r√©ellement, sans aide ext√©rieure, comprendre les centaines de r√©f√©rences faites par le texte? Toutes ces r√©f√©rences qui, h√©las, √† mon go√Ľt, ne font que diminuer la valeur litt√©raire de l’histoire, quand celles-ci n’ont aucun lien directe avec cette histoire. Exemple:

“L’habitude d’associer la personne d’Albertine au sentiment qu’elle n’avait pas inspir√© me faisait pourtant croire qu’il √©tait sp√©cial √† elle, comme l’habitude donne √† la simple associations d’id√©es entre deux ph√©nom√®nes, √† ce que pr√©tend une certaine √©cole philosophique, la force, la n√©cessit√© illusoires d’une loi de causalit√©.”

Note de bas de page: “On reconna√ģt la philosophie de Stuart Mill (1806-1873), qui est associationniste.”

Oui, certes. Moi, je ne l’avais pas reconnue, j’avoue, mais maintenant qu’on me le dit…Et les r√©f√©rences sur tel ministre ou tel personnage politique sont l√©gions…on atteint les 500 notes de bas de pages pour 273 pages d’un livre de poche.

Mais heureusement, le r√©cit de Proust est abordable pour les incultes tels que moi. Ses descriptions de sentiments, ses explications sarcastiques des √©volutions de sentiments, et dans une certaine mesure des… associations… faites entre des souvenirs, et une sc√®ne du temps pr√©sent, sont √©blouissantes et r√©v√©latrices. Pas √©tonnant que Openheimer ait d√©clar√© A la recherche du temps perdu son livre pr√©f√©r√©. Une telle analyse, une telle mat√©rialisation en des mots de sentiments dont personne ne parle, dont personne ne veut parler, mais que la plupart des gens ressentent √©tait une t√Ęche des plus ardues.

Ces bouquins sont une r√©f√©rence sur la vie et, dans une certaine mesure, sur le temps qui passe. Mais c’est pas du tout ce que j’avais imagin√© avant de les lire (il m’en reste un √† lire tout de m√™me).

En conclusions, quelques citations…√™tre d’accord ou pas avec leur contenu (surtout pris hors-contexte) n’a aucune esp√®ce d’importance.

“Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination.”

“Plus le d√©sir avance, plus la possession v√©ritable s’√©loigne.”

“Le d√©sir engendre la croyance.”

“Notre amour de la vie n’est qu’une vieille liaison dont nous ne savons pas nous d√©barrasser. Sa force est dans la permanence. Mais la mort qui la rompt nous gu√©rira du d√©sir de l’immortalit√©.”

“L’optimisme est la philosophie du pass√©.”

La Maison des Mères

Tout le monde connait Dune, au moins ceux de ma g√©n√©ration, et au moins de nom. Mais les gens connaissent surtout le film, et moins le livre, ou plut√īt les livres.

Le cycle de Dune par Frank Herbert fait 6 livres, dont le premier est s√©par√© en deux tomes (total 7 livres physiques). J’avais achet√© les 7 livres il y a un peu plus de 15 ans, mais n’en avait lu que 6 √† l’√©poque. La raison est que j’aimais tellement cette saga, et que je n’avais tellement pas envie qu’elle prenne fin (l’auteur √©tait d√©j√† d√©c√©d√©), que je m’√©tais laiss√© un tome de secours. J’avais pass√© des nuits enti√®res √† lire certains de ces livres, j’en avais r√™v√©, et ils m’avaient laiss√© songeur durant des mois entiers.

15+ ann√©es plus tard, j’ai donc d√©cid√© de finir le cycle, et ai demand√© √† mes parents de m’envoyer le livre que je n’avais jamais lu, pour boucler la boucle. Comme quoi je peux mettre du temps √† finir les choses, j’en avais dit un mot lors de mon article sur La Prisonni√®re (premier paragraphe, derni√®re ligne). Personne ne s’en souvient bien s√Ľr, mais c’√©tait lourd de signification pour moi. Je n’ai jamais oubli√© ce dernier tome que je ne n’avais pas lu.

Herbert √©tait un g√©nie dans ses √©critures sur les religions, surtout concernant leurs interactions, leurs √©volutions dans le temps, leurs soci√©t√©s secr√®tes, et leur contr√īle sur les masses. Il n’y a rien d’√©crit dans ces livres qui ne soit volontairement agressif envers les religions, c’est plus descriptif qu’argument√©, mais √† mon avis les ath√©es doivent √™tre bien confort√©s par ce qu’ils peuvent lire dans ces livres.

L’autre th√®me majeur du cycle est celui de l’Histoire (un mot plus √† la mode serait l’ “√©volution”). Un peu plus de 5000 ann√©es se passent entre le d√©but du premier bouquin et la fin du dernier, et √† chaque livre, quelques ann√©es seulement se passent (on fait des bonds dans l’Histoire entre chaque livre). On voit alors comment est consid√©r√© ce qui s’est pass√© des milliers d’ann√©es auparavant, les relations entre les causes et les cons√©quences des actes et d√©cisions des puissants, et, puisqu’il s’agit de science-fiction et que certains personnages ont quelques dons de proph√©tie, comment se passe (ou non) la r√©alisation des destins, avec des sous-th√®mes comme le refus du destin, le d√©veloppement des potentiels, les r√©ussites et les √©checs personnels ou √† grande √©chelle. Pour quiconque est inqui√©t√© de l’√©volution des choses (la race humaine, disons-le), la vision des choses exprim√©e par ces livres est r√©v√©latrice. Apr√®s s’√™tre rendu compte de beaucoup de probl√®mes qui peuvent arriver dans le d√©veloppement humain, et les calendriers cach√©s de certains puissants (les religions en premi√®re ligne), on s’inqui√®te beaucoup du futur, on se pose des questions sur le pass√© et sur notre place dans tout √ßa. Mais une fois qu’on a assimil√© tout √ßa, on a paradoxalement perdu une partie de notre innocence, et on se d√©tache de ces m√™me choses. Le devenir de l’homme? Les implications et les influences respectivement requises et g√©n√©r√©es nous passent bien trop au-dessus de nos t√™tes. J’ai arr√™t√© de m’y int√©resser (dans la vie r√©elle) apr√®s la lecture de ces livres.

La Maison des M√®res est une sorte d’√©pilogue √† ce qui a pr√©c√©d√©. A mon avis, Les Enfants de Dune (3e livre), et L’Empereur-Dieu de Dune (4e livre) sont les tomes les plus profonds et les plus int√©ressants. Au contraire, Dune (tome 1 et 2, 1er livre), Le Messie de Dune (2e livre), Les H√©r√©tiques de Dune (5e livre) et la Maison des M√®res (6e livre) sont certes int√©ressants, mais se concentrent sur l’histoire de type roman, sur fond de ce que j’ai expliqu√© ci-dessus (religion et Histoire). “Les Enfants” et “L’Empereur”, eux, se concentrent √† fond sur ces sujets limite philosophiques, sur fond d’histoire de roman de science-fiction. Le film “Dune” couvrait le premier livre (en deux tomes) “Dune”, tout en √©vitant soigneusement les aspects philosophiques et m√©taphysiques, c’est √† dire l’essence m√™me du bouquin, tout ce qui faisait son int√©r√™t. Dune, le film, √©tait pas mal, mais sans commune mesure avec le livre, qui lui-m√™me est bien en-dessous des livres qui lui ont succ√©d√©.

Cette saga fut √©crite il y a plus de 40 ans (le premier tome), et reste √† mon avis ind√©mod√©e car ne repose pas sur des gadgets futuristes; c’est de la science-fiction, mais la partie technologique est sous-d√©velopp√©e pour mettre en avant la partie humaine des mondes.

Pour moi, apr√®s 15+ ann√©es, j’ai pu me replonger dans cet univers que je n’avais jamais vraiment oubli√©, avec une histoire nouvelle. Pas la meilleure histoire de la saga, mais bien dans le m√™me esprit et du m√™me auteur. Ne pas lire ce tome √† l’√©poque fut un choix audacieux, mais pas forc√©ment judicieux car je ne pense pas recommencer l’exp√©rience. 15 ans d’attente passive, 15 ans d’une affaire (la lecture de la saga) qui attend sa fin (lire le dernier tome), c’est long. Je suis bien content d’avoir retrouv√© l’univers de Dune, mais le prix √©tait √† mon avis trop √©lev√©. Je devrais donc finalement finir la saga d’A la recherche du temps perdu cette ann√©e ou la prochaine.

Kafka on the shore

Yukiko m’a achet√© ce bouquin sans demander mon avis. C’est d’un auteur japonais mondialement connu, l’un des auteurs contemporains japonais les plus connus, peut-√™tre m√™me le plus connu. Elle me l’a pris en anglais, estimant sans doute que je ne pourrais pas le comprendre en japonais. Avec le recul, je crois que √ß’aurait effectivement √©t√© difficile.

Il s’agit d’une histoire fantastique, ou pour √™tre plus pr√©cis une histoire tir√©e tout droit de la cinqui√®me dimension. Les gens parlent aux chats, peuvent faire pleuvoir des poissons, voient des fant√īmes, passent dans un autre monde, sont asexu√©s, etc… Le livre est un encha√ģnement de myst√®res dont absolument aucun n’est r√©solu. Pris un par un, on peut toujours y lire une quelconque symbolique plus ou moins b√™te et simpliste (avec par exemple le narrateur qui tue son p√®re, couche avec sa m√®re et viole sa sŇďur…symboliquement…), mais l’Ňďuvre dans son ensemble est…une perte de temps.

Je me suis dit que c’√©tait moi qui n’avais pas compris le sens cach√©, que mon manque d’exp√©rience de lecture √©tait en faute…alors j’ai cherch√© les r√©ponses sur Internet. Bah en fait, j’avais raison dans ce que je lui reprochais; il n’y a aucun sens √† cette histoire. M√™me l’auteur le dit dans une interview: “Je n’ai aucune id√©e du sens de cette histoire. J’ai √©crit un r√™ve, mais moi-m√™me je n’en comprend pas le sens. Bon en fait, en le relisant des dizaines de fois comme j’√©tais oblig√© puisque c’est moi qui l’ai √©crit, j’ai commenc√© √† comprendre le sens cach√©. Je recommande donc aux lecteurs de le lire plusieurs fois, ils y verront plus clair.”.

Cet abruti est un grand comique. Lui-m√™me dit qu’il a √©crit un truc qui n’a pas de sens, et il demande aux gens de le lire plusieurs fois! Hallucinant. A lire les quelques critiques sur ses Ňďuvres, ce genre d’histoire, c’est son style. Ses histoires (sauf une) sont toutes en dehors de la r√©alit√© et n’ont aucun sens. Mais il arrive √† vendre super bien, et c’est tant mieux pour lui. En fait, le gars a du g√©nie, mais c’est dans son style d’√©criture; √ßa se lit tr√®s facilement. Du moment qu’un livre se lit facilement, il se vendra bien de toute fa√ßon. √áa n’a que peu √† voir avec le fond de l’histoire. Je recommande donc √† tout le monde de tenter d’√©crire un livre, avec n’importe quelle histoire; si votre style √©crit est bon, vous vendrez.

Mais vous savez, je critique cet auteur et cette histoire, mais je n’aime pas lire les romans pour la m√™me raison. Sortir de la lecture d’un livre sans en retirer une mati√®re √† penser ou sans en retirer aucune instruction palpable ne me convient pas. Curieusement, je n’ai pas ce probl√®me avec les films; je peux regarder des films concr√®tement nuls qui n’apportent virtuellement rien √† l’esprit, et ce sans probl√®mes. Je peux m√™me mettre √† ce genre de films jusqu’√† quatre √©toiles. Mais avec les livres, je n’y arrive pas. Curieux, non? √áa doit √™tre “les go√Ľts et les couleurs”.

La Prisonnière

Tome V de la saga d’A la recherche du temps perdu, et premier livre de 2008. Tout le monde se dit que je vais aller jusqu’au bout de cette saga. √áa vous semble √©vident, n’est-ce pas? Et pourtant ce n’est pas s√Ľr √† priori. Je vous en donnerai la raison d’ici √† quelques mois.

Je me rappelle d’une certaine employ√©e japonaise de ma pr√©c√©dente boite, qui parlait fran√ßais avec un niveau correct bien que loin d’√™tre parfait (moins bon que celui d’autres japonais francophones que j’aie pu rencontrer par ailleurs). Je me rappellerai d’elle encore quelques mois, car elle m’avait racont√© avoir lu cette saga en fran√ßais. A chaque fois que je lis un livre de Proust, je me dis qu’elle m’a racont√© des salades, ou bien alors elle n’avait rien d√Ľ comprendre. J’admire le niveau de fran√ßais des livres de Proust, et m√™me si n’importe quel francophone natif sera capable de comprendre ce qu’il √©crit (au moins au premier degr√©), il faut reconna√ģtre que ses phrases et son vocabulaire sont d’une complexit√© impressionante. Mais de quelle beaut√© sont les textes!

La Prisonni√®re me fut p√©nible √† lire, au moins pour la premi√®re moiti√©. La description sans faille de la jalousie parfaite du narrateur, et de la situation de la Prisonni√®re, furent √©prouvantes. La deuxi√®me partie revenant sur une critique sarcastique -maintenant convenue- de la haute soci√©te se lit bien vite en comparaison. J’ai sans doute assimil√© les lignes principale de la critique de Proust, et je me suis surpris √† en regarder les d√©tails de plus en plus. Une bonne part (la plus grosse part, de fait) des r√©f√©rences, sous-entendus, et coups de pied sous la table restent incompr√©hensibles √† la b√™te sauvage inculte litt√©rairement que je suis, mais j’y trouve tout de m√™me mon compte. Je suppose qu’il faudrait s’atteler √† la lecture de ces ouvrages plusieurs fois, et √† faire nombre de recherches sur le c√īt√© pour bien saisir la port√©e de cette Ňďuvre, mais ce n’est pas quelque chose que je suis pr√™t √† faire. A chacun son projet de vie.

Curieusement, c’est toujours dans les parties les plus difficiles pour moi o√Ļ je trouve les plus belles phrases qui feraient d’excellentes citations. Sans doute est-ce d√Ľ au myst√®re entourant ces paragraphes que je peine √† parcourir, les citations faisant office de soleil luisant alors qu’on se trouve √† 2000 m√®tres sous la surface; car on les comprend, on en tire du jus comme de fruits, et on les accroche dans notre m√©moire comme on accroche une peinture acquise √† co√Ľt √©lev√© √† un mur de sa maison. En voici quelques-unes. Notez qu’il ne s’agit pas d’√™tre d’accord ou pas avec ce que le narrateur raconte, mais de savoir si on peut en tirer une quelconque nourriture intellectuelle.

“Etre dur et fourbe envers ce qu’on aime est si naturel! Si l’int√©r√™t que nous t√©moignons aux autres ne nous emp√™che pas d’√™tre doux avec eux et complaisants √† ce qu’ils d√©sirent, c’est que cet int√©r√™t est mensonger. Autrui nous est indiff√©rent, et l’indiff√©rence n’invite pas √† la m√©chancet√©.”

“On a dit que la beaut√© est une promesse de bonheur. Inversement la possibilit√© du plaisir peut √™tre un commencement de beaut√©.”

“On se rappelle la v√©rit√© parce qu’elle a un nom, des racines anciennes, mais un mensonge improvis√© s’oublie vite.”

“Depuis que l’Olympe n’existe plus, ses habitants vivent sur la terre.”

“La nature ne semble gu√®re capable de (ne) donner que des maladies assez courtes. Mais la m√©decine s’est annex√© l’art de les prolonger.”

J’aurais beaucoup aim√© d√©velopper sur une des citations, mais cela me prendrait un temps infini. Ceci et mon bien pi√®tre don en ce domaine me font recommander de vous tourner vers un site bien plus apte √† la t√Ęche que le mien. Je vous laisse en devoir de repenser aux citations par vous-m√™mes, et d’y trouver ce que vous pouvez et voudriez y mettre. Beaucoup d’entre nous en sommes l√†.

Sodome et Gomorrhe

Quatri√®me tome de la saga d’A la recherche du temps perdu. Ce volume fut le plus facile √† lire, et paradoxalement le plus ennuyeux.

Le th√®me du bouquin: l’homosexualit√©, surtout celle des hommes. Pas un sujet qui me touche ni n’√©meut beaucoup. Mais il est int√©ressant de voir que l’histoire aurait tout √† fait pu se passer de nos jours; je n’ai d√©celer aucune pens√©e arri√©r√©e par rapport √† maintenant, ni plus avanc√©e. Alors √ßa veut dire quoi ? Et bien cela d√©pend de l√† o√Ļ on se place, mais vraiment, on dirait que “les mentalit√©s n’ont pas avanc√© d’un pouce”, en lisant ce livre.

Certains personnages cl√©s du roman commencent √† mourrir. Le temps s’√©coule. Le narrateur fait son initiation √† la vie amoureuse (apr√®s avoir fait celle de la vie mondaine, curieux ordre).

En dehors de l’homosexualit√©, ce que d√©crit Proust, une fiction, me glace le sang. Proust raconte ma vie. Bon, pas toute, et tout ce qu’il raconte ne peut pas √™tre trouv√© dans ma vie, m√™me avec les plus grands efforts du monde. Mais le narrateur a des pens√©es, des r√©flexions, qui rejoignent exactement (et je vous promet que “exactement” est un euph√©misme par rapport √† ce que j’ai pu ressentir en lisant certaines lignes) ce que j’ai v√©cu et pens√© par le pass√©. Co√Įncidence, ou bien en fait tout le monde pense ou a pens√© comme cela ? Je n’ose demander, car la r√©ponse m’effraie trop (“si vous avez peur de la r√©ponse, ne posez pas la question”).

J’ai encore quelques citations que j’ai relev√©es et que je n’ai jamais pris le temps de publier. Je vais prendre le temps. Un jour.

Bon, un excellent bouquin tout de m√™me, m√™me si c’est celui que j’ai le moins appr√©ci√©. J’ai lu ce bouquin, et pour la premi√®re fois depuis…toujours ?… j’ai regrett√© ma campagne natale. Certains ne manqueront pas l’occasion de dire que j’exag√®re, comme d’habitude, puisqu’aux derni√®res nouvelles, Nantes n’est pas la campagne. Et bien, tout d√©pend de l√† o√Ļ on se place.

La lecture de ce livre me permet de réaliser le point 10 de ma liste de résolutions du nouvel an.

Nemesis

Qui a cru que j’allais pr√©senter un film ? (C’est le titre d’un Star Trek)

Nemesis est le titre d’un livre que je viens de finir; c’est la biographie d’Aristotle Onassis, particuli√®rement vu sous l’angle de ses relations avec Jackie O et Robert Kennedy.

L’auteur, Peter Evans, n’est pas un √©crivain, c’est un journaliste. Vous me direz que la fronti√®re est fine entre les deux, mais imaginez que vous lisiez un journal de 300 pages qui ne contient qu’une seule histoire. C’est exactement l’impression que j’ai eue; un style t√©l√©graphique, des tournures √† la Paris Match, aucun style litt√©raire. Mais au moins, √ßa a l’avantage d’√™tre facile √† lire (en plus “c’est √©crit gros” comme dirait l’autre).

Le contenu est tr√®s int√©ressant. C’est cr√©dible, mais peut-√™tre seulement parce qu’on a l’impression de lire un journal. On va de surprise en surprise. Peter Evans √©tait le biographe officiel d’Onassis de son vivant, donc lui-m√™me doit croire qu’il dit la v√©rit√©. Mais allez savoir.

On apprend donc que:

  • Onassis aurait financ√© l’assassinat de Robert Kennedy
  • John F. Kennedy √©tait un coureur de jupons qui ne pensait qu’√† √ßa (c’√©tait aussi un bon politicien, mais c’est secondaire dans sa vie)
  • Robert Kennedy aurait fait assassiner Marylin Monroe (sur ce coup-l√†, il y avait d√©j√† des suspicions)
  • Jackie trompait all√®grement JFK avec Onassis (et beaucoup d’autres) bien avant sa mort
  • JFK n’en avait rien √† faire quand sa femme faisait des fausses couches (avec des remarques du genre “et pourquoi je devrais aller la voir √† l’h√īpital, j’ai autre chose √† foutre”)
  • Onassis aurait commenc√© sa carri√®re avec du traffic de drogue. Qu’il aurait repris quelques ann√©es alors qu’il √©tait au sommet de sa gloire.
  • Onassis aurait financ√© le groupe terroriste Black September, mais sans savoir qu’ils allaient utiliser l’argent pour l’attentat de Munich
  • etc.

Dans ce livre, pas un seul personnage n’a de morale. Pas un seul n’est sympathique. Tous sont carri√©ristes, et √©go√Įstes. On sort de ce livre avec la naus√©e.

Mais on apprend aussi deux ou trois choses sur le monde du business. Enfin sur une certaine façon de le faire.

L’un dans l’autre, je trouve que ce livre en fait trop, mais c’est assur√©ment divertissant. Pas un bon livre. Mais fun √† lire.

Citation

Tir√©e d’un livre de Proust:

“Un homme de grand talent pr√™tera d’habitude moins d’attention √† la sottise d’autrui que ne ferait un sot.”

Proust, cr√©ateur de proverbes ? D’ailleurs, je ne suis pas enti√®rement d’accord avec cette affirmation, mais je ne peux gu√®re en disserter ce soir.

Le C√īt√© de Guermantes

Troisi√®me tome de la saga d’A la recherche du temps perdu. J’en avais mis une citation ici, mais bien que je voulais en mettre d’autres, je n’ai jamais trouv√© le temps pour. En voici une:

“Des jugements subversifs, isol√©s et malgr√© tout justes, sont port√©s dans le monde par de rares personnes sup√©rieures aux autres. Et ils y dessinent les premiers lin√©aments de la hi√©rarchie des valeurs telle que l’√©tablira la g√©n√©ration suivante au lieu de s’en tenir √©ternellement √† l’ancienne.”.

Bien s√Ľr, l’id√©e de sup√©riorit√© de personnes par rapport √† d’autres risque d’√©nerver des gens, mais je vous assure que Proust n’√©tait pas √©litiste. Avec cette phrase, il √©tait plut√īt en admiration devant la capacit√© de compr√©hension du monde qui nous entoure par certaines personnes. Une incompr√©hension de ce qui se passe fait s’√©vanouir le temps; la compr√©hension de ce qui se passe, et des modes de pens√©e dans la soci√©t√©, fait s√Ľrement voir le Temps d’un point plus √©loign√© que la majorit√© des gens, donne du recul par rapport aux choses. Ce recul permet d’√™tre conscient du temps qui passe. En fait d’√©litisme, Proust est juste en admiration devant ces gens gens, comme d’autres seront en admiration devant les performances sportives de tel athl√®te, ou d’autres en admiration devant tel peintre qui a su modeler si bien sur sa toile une nature morte (alors que d’autres qui avaient vu le m√™me mod√®le √©taient incapables de le reproduire de la m√™me fa√ßon). En gros, ceux qu’on appelle visionnaires font partie de cette cat√©gorie d√©crite par Proust; ils saisissent avant les autres l’air du temps. Moi, cette capacit√© de Proust a √©noncer une telle v√©rit√© en si peu de mots m’√©merveille.

Ou bien cette citation-ci:

“La m√©decine √©tant un compendium des erreurs successives et contradictoires des m√©decins, en appelant √† soi les meilleurs d’entre eux on a grande chance d’implorer une v√©rit√© qui sera reconnue fausse quelques ann√©es plus tard. De sorte que croire √† la m√©decine serait la supr√™me folie, si n’y pas croire n’en √©tait pas une plus grande car de cet amoncellement d’erreurs se sont d√©gag√©es √† la longue quelques v√©rit√©s.”

…m’a fait mourir de rire. Comme c’est bien vrai, et comme c’est bien dit. Je vois donc que les m√©decins et la m√©decine n’ont pas chang√© en 100 ans. Cette fa√ßon de faire doit venir avec le job. Mais encore une fois, Proust √©nonce tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, voire m√™me ce que les gens n’avaient jamais r√©alis√© par eux-m√™mes, tout en devinant que c’√©tait bien l√†…

Ce tome fut le plus facile √† lire des trois tomes. Les descriptions de 30 pages sont pratiquement inexistantes, ou alors je ne les ai pas remarqu√©es. Par contre, les dialogues sont omnipr√©sents; ce tome raconte l’initiation du narrateur √† la vie mondaine. Et les dialogues sont assez croustillants, on se marre vraiment.

Par contre, les r√©f√©rences plus ou moins obscures de Proust sur tout et n’importe quoi (politique, histoire, Ňďuvre litt√©raire, peinture, sculpture, etc) sont aussi omnipr√©sentes: 80 pages de notes de bas de page, pour une histoire qui prend 578 pages, c’est √©norme. Mais √ßa m’a sauv√© la vie, car je n’y connaissais rien √† toutes ces r√©f√©rences (√† part les professeurs de fran√ßais et les historiens, je me demande qui peut les comprendre toutes).

Enfin, un th√®me majeur de ce livre fut l’affaire Dreyfus. Proust en parle en long, en large et en travers. On entend parler de tous les protagonistes de cette histoire (avec une note de bas de page pour chacun d’eux). J’ai bien s√Ľr fini par lire la page de Wikipedia sur l’affaire Dreyfus, y compris la retranscription de “J’accuse” de Zola (article tr√®s virulent, mais tr√®s int√©ressant au demeurant).

La recherche du temps s’avance. Il y a des passages qui me font froid dans le dos, d’autres me font rester dans le brouillard le lendemain, tellement je d√©couvre de choses sur ce qui m’entoure. L’une des meilleures id√©es que j’aie eues dans le domaine de la litt√©rature (qui n’est pas mon domaine, de tr√®s loin), c’est bien de lire cette saga. Mais j’en attends plus pour les tomes √† venir. On en reparlera.

Mousmé

Dans le livre de Marcel Proust que je suis en train de lire, une r√©plique m’a largement √©tonn√©. Il s’agit d’une parole du personnage Albertine, qui dit, en parlant d’une de ses amies: “Elle a l’air d’une petite mousm√©“.

Je suis certes habitu√© √† lire quantit√© de mots que je ne connais pas dans les livres de Proust, mais il s’agit rarement de ceux qui d√©tiennent le sens majeur de la phrase en cours. Heureusement, dans le cas de mousm√©, il y avait une marque indiquant une note de bas de page. Je me pr√©cipitai donc vers cette note, et la lue. C’√©tait la premi√®re note que je lisais qui avait √©t√© √©crite par Proust lui-m√™me. Et cette note m’a bien √©tonn√©: “C’est Loti qui introduisit ce mot en France. C’est un mot qui signifie jeune fille ou tr√®s jeune femme. C’est un des plus jolis mots de la langue nippone; il semble qu’il y ait, dans ce mot, de la moue (de la petite moue gentille et dr√īle comme elles en font) et surtout de la frimousse (de la frimousse chiffon√©e comme est la leur). Je l’emploierai souvent, n’en connaissant aucun en fran√ßais qui le vaille.”.

J’ai bien ri dans le train. Mousm√© vient de musume (Ś®ė, qui signifie “fille”, au sens f√©minin de “fils”), et l’emploi de ce mot dans le sens donn√© par Proust n’est presque plus utilis√© au Japon de nos jours (il m’est arriv√© de l’entendre tout de m√™me). Le mot mousm√© n’a visiblement pas pris en France, m√™me s’il aurait pu. Mais quelle bonne surprise de le trouver dans un livre fran√ßais si ancien.

Citation

Voici un passage d’un livre de Proust que je suis en train de lire en ce moment:

“On ne fait la somme des vices d’un √™tre que quand il n’est plus gu√®re en √©tat de les exercer, et √† la grandeur du ch√Ętiment social, qui commence √† s’accomplir et qu’on constate seul, on mesure, on imagine, on exag√®re celle du crime qui a √©t√© commis.”

Je trouve cela tellement vrai, et j’aurais eu personnellement beaucoup de mal √† le formaliser si bien.

A l’ombre des jeunes filles en fleurs

Deuxi√®me tome (sur sept) d’ A la Recherche du Temps Perdu . J’avance lentement, mais s√Ľrement.

Ce tome √©tait encore meilleur que le premier, bien qu’√† mon avis moins symbolique. Proust ne change pourtant pas son style; le flou chronologique est constant, avec le r√©cit d’√©v√™nements (r√©els) qui ne sont pas dans le bon ordre, ou racont√©s √† une √©poque fausse. L’age du narrateur ainsi que celui des autres personnages n’est jamais r√©v√©l√©. Quand il parle de quelque chose qui est arriv√© dans le pass√©, on ne sait pas s’il s’agit de quelque chose qui date de 2 mois ou de 2 ans.

Par contre, l’histoire de fond (ou plut√īt de la forme) est plus facile √† suivre. Certes, Proust continue ses parenth√®ses de dizaines de pages, avec des phrases qui font une page (!), et o√Ļ on n’arrive pas toujours √† voir √† quoi se ref√®rent les pronoms. Il y eut m√™me une phrase de 24 lignes qui commence par “De sorte que” et qui ne finit jamais (je ne l’ai remarqu√© que grace √† la note de bas de page, qui sp√©cifiait que cette phrase √©tait grammaticalement et s√©mantiquement incorrecte).

Je suis toujours aussi surpris de voir qu’il semble que je connaisse moins de mots fran√ßais qu’anglais. Compar√© √† tous les livres anglais que j’ai lu (certes je n’ai pas lu d’ouvrages anglais du d√©but du 20e si√®cle non plus…), il y a une densit√© importante de mots que je ne connais pas ! Environ un toutes les deux pages. J’ai pris au hasard un extrait de 14 pages, et ai not√© les mots que je ne connaissais pas:

atavisme, galéasse, guipure, linon, coutil, barège, modiste, historié, périgourdine.

Vous les connaissez ces mots, vous ?

Je remarque √©galement un nombre non n√©gligeables de mots anglais, tels “yachtswomen”, ou “shakehand”.

Toujours dans la m√™me veine, un nombre de mots important qu’on aurait cr√Ľ n’√™tre qu’anglais: “congratulations”, ou “expectant”.

Enfin, quelques expressions qui font t√Ęche dans un tel ouvrage, car ces expressions sont certainement devenues communes, parfois p√©joratives: “brouill√©e √† mort avec elle”, ou “la lumi√®re glauque”.

Proust d√©crit toujours les sentiments des hommes avec une terrible justesse; pour nombre d’entre eux, je n’aurais pas cr√Ľ que quelqu’un d’autre puisse y attacher autant d’importance que je ne l’ai personnellement fait dans ma tr√®s jeune enfance. Et en plus, lui les transcrit admirablement bien. Un virtuose. C’est presque de la po√©sie en prose parfois.

Lors d’un passage, Proust parle du tact. Pour l’illustrer, il parle d’une personne qui fait un duel pour venger son honneur, et de deux personnes ext√©rieures qui diraient les choses suivantes au dueliste, apr√®s le combat:

– L’une le f√©liciterait, et rajouterait qu’il n’y avait pas pourtant pas eu lieu de s’engager dans un tel duel

– L’autre lui dirait que √ßa a d√Ľ √™tre terrible de participer √† un tel duel, mais qu’il n’y avait pas possibilit√© de faire autrement, puisqu’il y avait eu un affront.

Il se trouve que le vrai tact se trouve dans le premier commentaire, car la personne met en valeur le courage dont le dueliste a fait preuve, sans y avoir √©t√© contraint. Ce coup-ci m’a bien fait r√©fl√©chir.

Nous avons maintenant fait la connaissance des deux plus importantes protagonistes de cette saga, √† savoir Gilberte et Albertine (qui ne me semblent plus √™tre de vieux pr√©noms). Je suis impatient de savoir la suite. Mon prochain post sur le troisi√®me tome de la saga sera sans doute pour l’ann√©e prochaine.

Fray

Fray

Une envie subite de lire des BDs (on se demande pourquoi), et vlan, j’en commande quelques unes chez Amazon.

Je viens de finir FRAY, de Joss Whedon. L’histoire d’une slayer dans 200 ans.

C’est tres Joss Whedon, donc c’est tres fun. Comme tout ce qu’il fait, on passe un bon moment, bien fun, ca charcle bien, etc. En fait, son style est tres tres similaire de ce que je connaissais de chez Marvel, donc ca ne m’etonne pas qu’il ait ecrit quelques series pour les X-Men. Mais a la fin de Fray, il ne reste pas grand chose a garder en memoire. On passe juste un (tres) bon moment, mais voila, c’est tout. Enfin bon, c’est deja assez rare de trouver une BD ou un film fun, donc ca merite une excellente note.